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Blog de réflexion , pensée, poésie, philosophie

Le privilège du vent

Publié le 31 Mars 2015 par Trèflerèle dans réflexions

Cet article est reposté depuis ETRE PLEINEMENT SOI.

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Angelo Branduardi - Coquelicot dans la recolte

Publié le 24 Mars 2015 par Dominique Giraudet

Angelo Branduardi - Coquelicot dans la recolte
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Daniel C. Dennett : l'âme et le corps ? No problem ! autre - par Propos recueillis et traduits de l'américain par Christian Delacampagne dans mensuel n°323

Publié le 23 Mars 2015 par Dominique Giraudet

Daniel C. Dennett : l'âme et le corps ? No problem !

autre - par Propos recueillis et traduits de l'américain par Christian Delacampagne dans mensuel n°323 daté septembre 1999 à la page 102 (2738 mots) | Gratuit

Le problème des rapports du corps et de l'esprit est en voie de règlement : telle est la conviction du philosophe américain Daniel C. Dennett, qui a bien voulu nous recevoir au siège du Center for cognitive studies de l'université Tufts, dont il est directeur. Selon lui, le simple fait que le cerveau humain soit le produit de la sélection naturelle permet de contourner les conceptions dualistes.

La Recherche : Pendant des siècles, les gens ont cru que leur esprit et leur corps étaient deux choses de nature différente. Descartes, lui-même, considérait cette distinction comme évidente. Qu'en pensez-vous ?

Daniel Dennett : Ce « dualisme », cette croyance irréfléchie en la dualité du corps et de l'esprit, peut paraître naturelle : elle n'en est pas moins radicalement fausse. Nous savons aujourd'hui que chacune de nos idées, chacun de nos rêves, chacun de nos états d'esprit n'est rien d'autre qu'un événement qui se produit dans notre cerveau. Cette vue matérialiste est, désormais, communément acceptée. Si complexe et intéressante soit-elle, la conscience n'est donc qu'un phénomène physique de plus, au même titre que le magnétisme ou la photosynthèse. Et il ne nous reste qu'à en proposer une explication scientifique - c'est-à-dire à combler le fossé, apparemment infranchissable, qui sépare le sujet du monde, l'intérieur de l'extérieur, le point de vue de la première de celui de la troisième personne.

Votre solution ?

Celle sur laquelle, personnellement, je travaille depuis plus de trente ans, consiste à « enchâsser », si je puis dire, le point de vue de la première dans celui de la troisième personne : il s'agit d'une méthode « hétérophénoménologique », ou d'une phénoménologie « vue du dehors ». Elle n'a rien de nouveau : toute la recherche en psychologie consiste, classiquement, à demander à différents sujets d'appuyer sur un bouton lorsqu'ils voient une lumière rouge s'allumer, à mesurer le temps qu'ils mettent à réagir, à comparer ces résultats entre eux, etc. On peut compliquer l'expérience en demandant au sujet de nommer ses couleurs préférées, ou de décrire sa réaction à tel événement. Bref, on peut reconstruire, à partir de données de ce genre, le monde « hétérophénoménologique » du sujet. Ce processus n'a rien de mystérieux. Ce qui est plus difficile, en revanche, c'est d'expliquer la provenance de ces données. Si nous y arrivons, nous aurons expliqué la conscience.

Certains critiques objectent que votre méthode, parce qu'elle fait abstraction du point de vue de la première personne, ne permet pas de distinguer une authentique conscience humaine d'un simulacre ou d'un « zombie »...

Ils n'ont pas tort. A cela près que le concept de « zombie » n'a, ici, aucun sens. Si l'on postule qu'un « zouragan » est un phénomène qui a toutes les caractéristiques d'un « ouragan » sans en être un, comment la météorologie pourrait-elle discerner le premier du second ? Personne ne semble se soucier du fait que la physique est incapable de distinguer une « vraie » planète d'une planète « zombie » : pourquoi faudrait-il se poser le problème à propos de la conscience, et d'elle seulement ? Si notre « zombie » philosophique se comporte exactement comme un être humain, s'il a le même degré d'intelligence ou de mémoire, s'il comprend les mêmes plaisanteries - il serait ridicule de lui dénier la qualité d'être conscient.

Revenons à la théorie cartésienne selon laquelle il y aurait dans le cerveau un lieu privilégié, une sorte de « théâtre » où se déploieraient nos « représentations ». Pourquoi la combattez-vous ?

Pour Descartes, des stimuli sensoriels affectent un organe placé au centre de notre cerveau, la glande pinéale, qui a pour fonction de les traduire en représentations. La glande pinéale est en quelque sorte la télécopieuse de l'âme. Mais comment un processus matériel peut-il se transformer en état de conscience ? Il y a là, pour Descartes, un mystère insoluble, et qui de plus entre en contradiction ouverte avec les principes mêmes de sa physique. Heureusement, on a fini par abandonner ce postulat dualiste, qui n'aboutissait qu'à des incohérences. Mais cela ne suffit pas. Il reste encore à abandonner l'idée même de « théâtre », c'est-à-dire l'idée selon laquelle il y aurait, dans le cerveau, une région particulière pour ce que nous nommons « esprit ». Certes, il s'agit d'une idée séduisante. Nous savons, par exemple, que notre rétine, par elle-même, ne « voit » pas, à proprement parler : pour que s'opère le mécanisme de la « vision », les informations qui parviennent à notre rétine doivent être « traitées » en des lieux déterminés de notre cortex. De là, la tentation de croire que les résultats de ce traitement pourraient être, avec ceux qui proviennent des autres sens, regroupés dans une sorte de « quartier général », où ils seraient traités une seconde fois pour donner naissance à la conscience. Mais l'analogie est trompeuse.

Quel est, alors, le modèle que vous suggérez ?

Je propose de prendre le travail qui était supposé s'effectuer sur le « théâtre » cartésien, et de le redistribuer sur l'ensemble du cerveau. Tous les événements mentaux n'ont pas lieu au même endroit, ni au même instant. Permettez-moi, pour plus de clarté, d'utiliser une métaphore : celle de la « renommée ». « Jouir d'une certaine renommée » ne se limite pas à « apparaître à la télévision, à tel ou tel moment ». Cela veut dire, plus largement, jouir du pouvoir d'influencer le cours des choses. Les états d'esprit conscients sont, de manière analogue, ceux qui réussissent à dominer notre cerveau. Et je définirais volontiers l'esprit non pas comme un « théâtre », mais comme une « arène » une « arène » sans spectateurs, bien sûr dans laquelle diverses séquences d'événements, en concurrence les unes avec les autres, lutteraient pour la domination. Ce que nous appelons « mémoire », par exemple, ne serait ainsi que la série des événements qui, lorsqu'ils ont eu lieu, ont joui, dans notre esprit, d'une « renommée » supérieure à celle de tous les autres, ou qui ont occupé, pendant plus longtemps, une position d'influence - et à partir desquels s'est formée notre conscience. Vous connaissez cette expression américaine : « Well, it seemed like a good idea at the time » ?

On l'emploie à peu près pour dire : « C'est ce que je croyais jadis, mais je me suis complètement trompé... »

Eh bien, cette expression décrit à merveille la principale caractéristique de la conscience : être conscient, ce n'est pas seulement se rappeler ce qui s'est passé, c'est se rappeler la façon dont notre esprit percevait les choses, y compris ses propres idées, et être capable de porter sur nos perceptions passées un regard rétrospectivement critique. Cette capacité de réflexion est le signe distinctif, s'il en est un, de l'intelligence.

Cette « arène » que vous décrivez ressemble à s'y méprendre à une machine capable de compter, de trier, de classer. Iriez-vous jusqu'à dire que l'esprit n'est rien d'autre qu'un ordinateur ? Bref, êtes-vous partisan de l'IA « intelligence artificielle » sous sa forme la plus radicale ?

L'histoire de l'IA est très intéressante. Son hypothèse de base l'analogie entre esprit et ordinateur était parfaitement claire aux yeux de ses fondateurs - je songe à Alan Turing*, ainsi qu'à des pionniers tels que John McCarthy* ou Marvin Minsky*. Cela dit, l'hypothèse en question pouvait orienter les recherches dans une direction ou dans une autre - et c'est ce qui explique que celles-ci ont été dominées, selon les moments, par telle ou telle école : la cybernétique, le « connexionnisme », la robotique, etc. Ces écoles ont contribué au progrès des connaissances, tout en étant, chaque fois, responsable de quelque généralisation hâtive, que l'école suivante a permis de rectifier. Mais n'est-ce pas ainsi que toute discipline scientifique progresse ?

Le projet de l'IA est donc un projet scientifique « normal » ?

Bien sûr. Les processus de la connaissance sont, en fin de compte, matériels et mécaniques. On peut, certes, adresser des critiques aux différentes écoles qui ont, à tour de rôle, dominé la scène de l'IA. Mais ces critiques, chaque fois qu'elles se sont révélées pertinentes, ont permis à l'IA de repartir dans une nouvelle direction, jusque-là inexplorée. Prenez Hubert Dreyfus*, par exemple : il a eu parfaitement raison de dénoncer diverses insuffisances. Mais il a commis une erreur une erreur courante, d'ailleurs, chez les philosophes, lorsqu'il a transformé une accusation correcte - « il est difficile de... » - en une accusation incorrecte - « il est impossible de... » . Le projet de l'IA est un projet techniquement difficile, et même très difficile ; mais il n'existe aucune raison métaphysique pour qu'il soit impossible de le mener à bien. Et c'est pourquoi, même si certaines critiques de Dreyfus étaient justifiées, nous avons eu raison de lui résister sur le fond.

Parlons plus précisément des principales critiques qui sont aujourd'hui adressées à l'IA.

Celles-ci se répartissent, pour l'essentiel, en deux groupes. Un premier groupe de critiques affirme qu'il y a des tâches spécifiques qu'aucun ordinateur ne pourra accomplir. Il s'agit là, après tout, d'une tradition fort honorable de scepticisme. Edgar Allan Poe, déjà, déclarait qu'aucune machine ne pourrait jamais jouer aux échecs. Il avait tort, bien sûr. Descartes admettait qu'un automate pourrait dire tel mot si l'on appuyait sur tel bouton, ou effectuer certaines opérations bien définies telles que les opérations arithmétiques, et même les effectuer mieux ou plus rapidement que nous ; mais il était convaincu qu'aucun automate ne pourrait jamais avoir, avec nous, une authentique « conversation », au sens où cette activité implique la capacité de répondre avec à-propos à un champ virtuellement infini de questions.

Et d'où tirait-il pareille conviction ?

Il se trouve, simplement, que Descartes concevait l'automate comme une machine composée de quelques milliers de pièces ou de ressorts, et fonctionnant à la vitesse d'une horloge ; alors que la situation change du tout au tout avec nos ordinateurs modernes, qui sont, comme le cerveau lui-même, constitués de plusieurs milliards d'éléments, et qui fonctionnent dix mille fois plus vite que n'importe quelle horloge. Ici, la question d'échelle est déterminante. Ce que Descartes, en son temps, n'était pas capable d'imaginer est devenu, de nos jours, réalité.

Donc, nos cerveaux sont des ordinateurs capables de converser entre eux ?

Exactement. N'est-ce pas ce que nous sommes en train de faire, vous et moi ?

Venons-en au second groupe de critiques...

Les critiques de ce deuxième groupe jouent un petit jeu qui n'est pas très honnête. Ils se refusent à définir précisément la nature de l'opération que, selon eux, aucun ordinateur ne pourrait jamais accomplir. Mais, chaque fois qu'un ordinateur réalise un nouveau progrès, ils s'exclament : « O h, cela ne compte pas ! » . Il y a trente ans, ils déclaraient, comme Poe, qu'un ordinateur ne serait jamais capable de jouer aux échecs ; aujourd'hui, en voyant que Deep Blue est capable de battre Kasparov, ils se récrient : « Jouer aux échecs, ce n'est pas penser » . Bref, ils n'ont pas de critère précis. Ils se contentent d'affirmer, sur un ton péremptoire, que rien de ce qu'un ordinateur peut faire n'est assez difficile pour être pris au sérieux.

Dans lequel de ces deux camps rangeriez-vous l'un des adversaires les plus connus de l'IA, le philosophe John R. Searle* ?

Dans le second, bien sûr. Il ne faut pas se tromper sur la position de Searle : il admet parfaitement qu'un ordinateur soit capable de réussir avec succès le « test de Turing » - autrement dit, d'avoir une conversation avec l'homme. Il dit seulement que cette conversation n'est pas et ne sera jamais une véritable conversation, sans pour autant définir de manière précise ce que serait, d'après lui, une « véritable » conversation. En d'autres termes, quelles que soient les preuves d'intelligence qu'un ordinateur soit capable de donner, Searle affirme, de façon parfaitement arbitraire, que cette intelligence n'est pas de même nature que la nôtre.

Ce qui vous oppose à Searle, en somme, c'est que vous êtes « béhavioriste ». Pourtant, vous n'employez jamais ce terme.

En effet, je pense que ce terme ne veut plus dire grand-chose. Il a été employé par trop de gens, dans trop de sens différents, et presque toujours de manière péjorative. Il y a eu le béhaviorisme des psychologues de l'école de Skinner*, par exemple, qui prétendaient rendre compte du comportement humain dans un vocabulaire purement physique, sans prendre en considération des phénomènes tels que la connaissance ou la pensée. C'était un projet courageux, en un sens, mais totalement erroné. Il existe, en revanche, ce qu'on pourrait appeler un « behaviorisme logique », celui de philosophes comme Wittgenstein* ou Ryle*, qui nous ont appris à considérer les actes humains dans la totalité de leurs significations. Le geste qui consiste à signer un contrat, par exemple, n'est pas qu'un pur mouvement physique du bras. C'est aussi un acte symbolique. Ce béhaviorisme-là, parce qu'il ne fait aucune différence entre « être intelligent » et « faire quelque chose d'intelligent », bref, parce qu'il rompt définitivement avec le dualisme cartésien, va évidemment dans la bonne direction.

Que répondez-vous donc à l'objection classique : le cerveau est capable de construire des ordinateurs, mais qui est capable de construire un cerveau ?

La réponse est : l'évolution biologique, tout simplement. Il n'y a pas toujours eu de conscience sur la Terre, et encore moins de conscience humaine, pour autant que l'on peut considérer la conscience humaine comme la variété de conscience la plus intéressante, un peu à la manière dont le langage humain est de loin plus intéressant que le chant des oiseaux. La conscience humaine est le produit d'une longue évolution.

En était-elle l'accomplissement, comme certains le disent ?

C'est une erreur de poser la question en ces termes, car notre conscience ne constitue pas l'aboutissement d'une seule ligne évolutive. Elle est, en fait, le produit de plusieurs évolutions distinctes, qui se sont déroulées simultanément mais indépendamment les unes des autres. Et, comme l'a dit un biologiste anglais, les choses sont ce qu'elles sont parce qu'elles sont devenues ainsi, un point, c'est tout. Cela étant, il n'y a rien de plus instructif, pour comprendre la conscience ou quoi que ce soit d'autre, que d'essayer de ressaisir son histoire, de voir comment cette chose a évolué, et à partir de quoi elle a évolué. De plus, comme des chercheurs venant des horizons les plus divers l'ont déjà souligné, toute théorie de l'apprentissage qui se veut un tant soit peu sérieuse se doit d'être une théorie de l'évolution.

En quel sens ?

L'apprentissage, au niveau individuel, est en soi un processus évolutif, d'ordre neurobiologique. Pour que le processus en question soit autre chose que le résultat d'un miracle, il doit s'expliquer par une amélioration objective de nos structures cérébrales. Et une telle amélioration, à son tour, ne peut s'accomplir que graduellement, non pas sous l'effet du hasard, mais sous celui de « tests » délibérément provoqués par le cerveau. C'est ainsi, au fil de myriades et de myriades de tests provoqués, que l'esprit développe peu à peu ses pouvoirs d'apprentissage, d'invention, de création.

Cette conviction, que vous exprimez depuis longtemps, est-elle aujourd'hui partagée par la majorité des chercheurs ?

Certainement. En France, par exemple, elle l'est par mon ami Jean-Pierre Changeux*. Sur l'idée, sous sa forme abstraite, nous sommes tous d'accord. Reste la question empirique : comment faut-il concevoir, dans ses mécanismes concrets, le processus d'adaptation ? Une chose remarquable, de ce point de vue, c'est que le développement biologique de notre cerveau résulte lui-même de tests provoqués : l'embryon produit ainsi beaucoup plus de neurones qu'il n'en utilisera finalement, les neurones qui se révèlent inexploitables, parce qu'ils ne fournissent pas de bonnes connexions, étant irrémédiablement condamnés à mourir. En d'autres termes, seuls les neurones qui offrent les bonnes connexions ont la possibilité de survivre. De telle sorte qu'on est parfaitement fondé à dire que le processus par lequel le cerveau se développe repose exactement sur le même mécanisme - la sélection naturelle - que l'évolution en général.

L'esprit est donc, en fin de compte, le résultat d'un très grand nombre de processus évolutifs se déroulant dans le cerveau, à la fois simultanément et sur des plans très différents ?

Exactement. C'est pourquoi on peut dire que l'idée d'évolution est la meilleure idée que quiconque ait jamais eue. C'est à partir de cette idée, et d'elle seule, que le problème de Descartes - réconcilier le monde de l'esprit avec celui des processus mécaniques - a une solution. Ce fossé que Descartes croyait infranchissable, ce fossé entre l'âme et le corps, comme on disait jadis, la grande, l'audacieuse idée de Darwin constitue l'unique façon de le combler.

Par Propos recueillis et traduits de l'américain par Christian Delacampagne

LIEN : http://www.larecherche.fr/savoirs/autre/daniel-c-dennett-ame-corps-no-problem-01-09-1999-73621

Lien vidéo : Le philosophe Dan Dennett défend l'idée que non seulement nous ne comprenons pas comment fonctionne notre propre conscience, mais que notre cerveau passe la moitié du temps à nous mener en bateau. : https://www.ted.com/talks/dan_dennett_on_our_consciousness?language=fr

Daniel C. Dennett : l'âme et le corps ? No problem ! autre - par Propos recueillis et traduits de l'américain par Christian Delacampagne dans mensuel n°323
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«La conscience est une sorte d'illusion» Entretien avec Daniel Dennett - Propos recueillis par Nicolas Journet

Publié le 19 Mars 2015 par Dominique Giraudet

 «La conscience est une sorte d'illusion» Entretien avec Daniel Dennett - Propos recueillis par Nicolas Journet

Selon Daniel Dennett, la conscience n’est rien d’autre qu’un phénomène naturel, qu’il convient de démystifier et d’expliquer. Consciencieusement...

Comment convient-il d’aborder le problème de la conscience ?

Un peu comme on aborde la magie, telle qu’elle se pratique dans les rues en Inde. Il y a des gens qui s’en vont en croyant avoir assisté à un miracle. Ils admettent que des choses surnaturelles se passent : c’est la position du dualisme cartésien, qui considérait l’âme comme une substance à part, d’origine divine et miraculeuse, capable de s’extraire de la matière et de la contempler. Et puis il y a un point de vue plus sensé qui consiste à se dire « il y a un truc », et ce truc produit une illusion. Je considère, quant à moi, que la conscience est une boîte pleine de tours de magie, et que quand nous connaîtrons tous ces tours, nous aurons expliqué ce qu’est la conscience. C’est plutôt démystifiant comme point de vue, ça ne plaît pas à tout le monde, mais c’est conforme à ma conviction que la conscience est un phénomène naturel qui doit être expliqué naturellement.

Puisque nous sommes tous conscients, nous sommes tous magiciens en quelque sorte. Pourquoi ne pas chercher la réponse en nous-mêmes ?

Ce n’est pas si simple. Certains de nos états intérieurs peuvent être exprimés sans être descriptibles. Par exemple, si je dis : « J’ai un truc avec les blondes », je ne sais pas ce qu’est ce « truc » dans ma tête. Je sais seulement que quand je vois une blonde, cela me fait certains effets : émotions, sensations physiques, etc. Passons. C’est ainsi qu’on peut se représenter le côté ineffable de la conscience : un phénomène dont je peux connaître les effets, sans être capable de le décrire, sans pouvoir dire en quoi il consiste. Beaucoup de phénomènes mentaux sont ainsi faits que nous pouvons décrire leurs effets, sans avoir de mots pour les exprimer. En fait, nous n’avons pas d’expérience intérieure de la conscience et c’est seulement d’un point de vue extérieur que nous pouvons nous interroger sur elle.

Certains philosophes défendent pourtant cette idée d’expérience intérieure. Ils prétendent même tenter de la comprendre en imaginant ce que cela fait d’être un « zombie », c’est-à-dire un être présentant des comportements humains, mais sans avoir conscience de lui-même.

Oui, on en discute. Si vraiment il existait de tels êtres, avec les mêmes capacités de mémoire et d’intelligence, je ne vois pas pourquoi on devrait leur nier la conscience : ce seraient des êtres humains comme nous. Mais les seuls zombies que l’on connaisse sont ceux du vaudou haïtien, et ce ne sont pas du tout des personnages agréables à fréquenter. Pour moi, c’est une fiction sans intérêt.

À l’inverse, des observations de laboratoire, comme celles de Benjamin Libet*, tendent à montrer que ce que nous prenons pour des décisions conscientes sont en fait déclenchées de manière anticipée et inconsciente par notre cerveau. Cela ferait de l’activité consciente un phénomène très secondaire et négligeable.

Ces expériences sont très particulières. Elles portent sur des décisions sans délibération préalable, et surtout sans intention particulière, comme plier le doigt, mais pour rien, sans but autre que réaliser une expérience. Ce n’est pas ainsi qu’ordinairement nous prenons des décisions. Supposez que vous ayez un groupe de scientifiques et de journalistes qui étudient le Congrès américain. Une semaine avant le vote sur une loi importante, ce groupe annonce le résultat probable du vote, et cette prédiction s’avère exacte. Donc la question est : quand cette loi a-t-elle été décidée ? Lors du scrutin, ou bien lors de la prédiction ? On peut comparer cette situation à celle de la volonté humaine telle que décrite par les expériences de Libet. Le fait qu’une activité cérébrale intervienne avant d’être consciente ne veut pas dire que la volonté n’est qu’un épiphénomène superficiel qui se contente d’enregistrer un fait déjà établi auparavant. Ce n’est pas parce que nous possédons un potentiel de prédiction que la vraie décision n’intervient pas plus tard, de manière consciente. Dans le cas du Parlement, s’il n’y avait pas ce vote final, la prédiction ne vaudrait tout simplement rien. Dans le cas d’une décision individuelle, si la conscience n’intervenait pas, l’émulation anticipée du cerveau ne signifierait rien. La conscience reste un fait intéressant à étudier.

Par quels moyens expérimentaux, selon vous ?

La démarche qui est la mienne est celle de l’hétérophénoménologie. Un mot un peu compliqué pour dire que l’on tient compte de ce qui se présente au sujet pensant, mais qu’on l’examine du point de vue d’un tiers. Par exemple, on demande à quelqu’un d’accomplir une tâche telle que pousser sur un bouton, prononcer certains mots, ou piloter un vaisseau spatial sur un écran de jeu vidéo, et on enregistre ses performances, mais aussi ce que le sujet pense sincèrement avoir fait, et pourquoi il l’a fait. Parfois cela coïncide avec les résultats, parfois non. Notre point de vue sur la question consiste à se demander comment les gens se forment des croyances sur la situation, et quelle est la cause de leurs croyances. Et si nous trouvons cette cause, nous expliquons le phénomène.

Tout cela donne-t-il une idée de modèle pour décrire la conscience ?

Ce qu’on peut dire en tout cas, c’est que neurologiquement, ce que nous nommons conscience n’obéit pas à une cause unique, et ne correspond pas à une fonction unique. C’est le nom que nous donnons à une multitude de manifestations de notre activité cérébrale et que nous unifions en en faisant le récit. Nous avons le sentiment qu’il y a un auteur de nos pensées à l’intérieur de nous, un « moi » qui pense. Mais il s’agit juste d’une suite d’événements électrochimiques que nous commentons pour nous-même ou pour les autres. Notre « moi » n’est pas un chef d’orchestre, mais plutôt un auditeur plongé au sein de l’orchestre qui tenterait, avec quelques millièmes de secondes de retard, de fredonner la mélodie qu’il arrive à reconstituer. Mais cela ne veut pas dire que ce flux de conscience soit sans effet : il influe sur nos actes et sur ce que nous faisons faire aux autres.

Finalement, la conscience est bien une sorte d’illusion ?

Oui, j’ai parlé plus haut de « tours de magie », et les tours de magie produisent bien une illusion. Mais c’est une illusion bénigne, inoffensive, et peut-être même utile. Mais utile à quoi ? D’un point de vue évolutionniste, on a longtemps pensé que tout ce qui existe devait s’expliquer en termes d’avantages sélectifs. On a donc cherché à comprendre quelle pouvait être la fonction de la musique, du langage, de la bipédie, de l’humour… On a spéculé sur l’avantage que ces compétences pouvaient apporter. On s’est posé aussi la même question à propos de la conscience. Aujourd’hui, on admet que des organes peuvent préexister à la fonction. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’est pas indispensable de trouver un avantage sélectif particulier à la conscience pour justifier son existence : ce n’est peut-être qu’un sous-produit d’une activité cérébrale complexe, une habitude non nocive, utile peut-être, mais à quoi exactement ? C’est difficile à dire de manière générale. •

LIEN VERS L 'ARTICLE : http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/daniel-dennett-la-conscience-est-une-sorte-d-illusion_sh_34111

 «La conscience est une sorte d'illusion» Entretien avec Daniel Dennett - Propos recueillis par Nicolas Journet
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Pétition pour la liberté d'expression (3 février 2015)

Publié le 17 Mars 2015 par Laurence Hansen-Love

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NYMOUS ( Vidéo )

Publié le 13 Mars 2015 par Dominique Giraudet

Nymous

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La «descente aux enfers» de Nymous terminée- Article et vidéo- (TVA nouvelles)

Publié le 11 Mars 2015 par Dominique Giraudet

«Il tremblait le pauvre petit.» Nymous était mort de frayeur quand Jacques Lessard est allé chercher l'animal au refuge, lundi soir. Mais cette fois, au moins, c'était pour de bon. «La descente aux enfers» était terminée.

Si le raton laveur qui lui avait été retiré une semaine plus tôt semblait plutôt farouche lors des retrouvailles, son maître ne s'en faisait pas du tout. «Je croyais à sa fidélité. On a été tellement complice, je n'avais aucune crainte.»

Il a eu un peu de difficulté à sortir la grosse bête pas féroce de sa cage, mais une fois dans la voiture, «il a changé d'attitude». Le raton de plus de 22 kg (50 lb) «est venu vers moi, il me léchait les oreilles.»

Il s'est détendu encore davantage en arrivant à la maison, où ses maîtres lui avaient sauvé la vie en le nourrissant au biberon deux ans plus tôt, au domaine du radar à Saint-Sylvestre. «Il a regardé autour, raconte M. Lessard, a revu les chats, il s'est assis sur le lit. Il se lavait, il se lavait...» Il est allé trouver son animal, s'est mis à lui caresser le menton. «Il a mis sa patte dans ma main et a plongé dans mes yeux, ça a duré au moins 30 secondes», a-t-il raconté.

Le raton a une otite, mange peu, et n'a pas fait ses besoins. «Cela me stresse un peu», a admis M. Lessard qui, avec Rachel, garde plusieurs animaux.

Ils sont néanmoins très reconnaissants envers le refuge Miss Dolittle et le Domaine de la faune, qui ont tout fait pour aider l'animal à rentrer à la maison.

Pour le couple, «c'est comme la fin d'une torture». M. Lessard a souligné être épuisé après avoir passé une semaine à se faire un sang d'encre, à faire des démarches auprès des autorités et à réaliser des entrevues avec les médias. En effet, depuis la publication du premier article par le Journal de Québec, l'histoire a été fortement médiatisée, même à l'extérieur du pays.

Plus tôt dans la journée, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a confirmé qu'un permis SEG, autorisant la capture des animaux sauvages à des fins scientifiques, éducatives ou de gestion de la faune, serait délivré. Le ministère, qui devait faire appliquer la loi interdisant la garde des animaux sauvages, s'est efforcé de trouver un compromis viable pour la situation particulière de Nymous, qui est fortement dépendant de ses maîtres.

Rachel et Jacques doivent maintenant comprendre tous les détails techniques de leur permis. Chose certaine, les gens pourront venir visiter Nymous dans le refuge qu'ils prévoient mettre sur pied et qui portera le nom du raton désormais célèbre.

Jacques Lessard se fait philosophe après avoir vécu des montagnes russes émotionnelles. «Quand on sait que quelque chose brime la liberté, la santé, la vie... On doit se lever et dire non. Quand on dit non tous ensemble, c'est là qu'on est fort.» Plus de 9000 personnes ont aimé la page Facebook Sauvons Nymous et plus de 15 000 personnes ont signé la pétition sur Change.org.

«Là, c'est juste un animal, mais il y a des frappes de drones, il y a des enfants qui meurent, réfléchit M. Lessard. On ne peut pas changer le monde au complet, mais on peut changer notre petit monde autour de nous. Ce qui nous entoure, on peut le voir, l'apprécier et en profiter», a-t-il ajouté.

La «descente aux enfers» de Nymous terminée- Article et vidéo- (TVA nouvelles)
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Enfin de bonnes nouvelles pour Nymous !(Lien vers la vidéo)

Publié le 10 Mars 2015 par Dominique Giraudet

Enfin de bonnes nouvelles pour Nymous !(Lien vers la vidéo)

Enfin de bonnes nouvelles de Nymous ! Un entretien passionnant et émouvant entre Jacques Lessard et le journaliste de cette Chaîne de télévision..

http://tvanouvelles.ca/video/le-propri%C3%A9taire-de-nymous-soulag%C3%A9--entrevue-%C3%A0-denis-l%C3%A9vesque/4101824941001

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Deleuze - L'art et La honte d'être un homme

Publié le 8 Mars 2015 par Dominique Giraudet

De belles pensées de René Descartes ..Dommage qu'il se soit autant trompé concernant les animaux..
« Un honnête homme n’est pas obligé d’avoir vu tous les livres, ni d’avoir appris soigneusement tout ce qui s’enseigne dans les écoles ; et même ce serait une espèce de défaut en son éducation, s’il avait trop employé de temps en l’exercice des lettres. Il y a beaucoup d’autres choses à faire pendant sa vie, au cours de laquelle doit être si bien mesuré, qu’il lui en reste la meilleure partie pour pratiquer les bonnes actions, qui lui devraient être enseignées par sa propre raison, s’il n’apprenait rien que d’elle seule. Mais il est entré ignorant dans le monde et la connaissance de son premier âge n’étant appuyée que sur la faiblesse des sens et sur l’ autorité des précepteurs, il est presque impossible que son imagination ne se trouve remplie d’une infinité de fausses pensées, avant que cette raison en puisse entreprendre la conduite: de sorte qu’il a besoin par après d’un très grand naturel, ou bien des instructions de quelque sage, tant pour se défaire des mauvaises doctrines dont il est préoccupé, que pour jeter les premiers fondements d’une science solide, et découvrir toutes les voies par où il puisse élever sa connaissance jusqu’au plus haut degré qu’elle puisse atteindre ».

René Descartes, Discours de la Méthode. (Lien : https://lacademie.wordpress.com/…/…/08/pensee-du-08-mars-15/ )

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