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Blog de réflexion , pensée, poésie, philosophie

Deux textes extraits de l'oeuvre de Llewelyn Powys

Publié le 27 Juillet 2013 par DominiqueGiraudet dans penser

Cet article est reposté depuis le blog penser.

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Soyez vigilants, ô jeunes païens! Que les libres agissements de votre esprit, de votre corps ne soient ni entravés ni réprimés par les psalmodies sonores de prêtres vêtus de dentelles déambulant en procession. Il est des ravissements autrement plus réels que ces béatitudes rentrées. Le vin de la vie est bon, il vient du fruit de la terre qui donne la vigne. Le pain de la vie est bon, il vient du fruit de la terre qui donne le blé. Qu'importe la décomposition inhérente à toutes choses existantes? Notre heure nous appartient. Tout passe. Toute chose va à sa fin. Soyez généreux, libres, passionnés, soyez compréhensifs, enfants des "herbes, des fruits et des abstinences."(1) Ne donnez pas créance à ces faux maîtres, mais d'un cœur libéré assurez votre fuite. Vos loyautés païennes seront plus profondes, plus vraies que leurs loyautés. Abandonnez aux infirmes et aux vieillards ces temples obscurs aux bougies mal mouchées. A cet instant même votre heure s'écoule. Avec une inéluctable jubilation, plongez profond vos mains dans la fraîche mer salée de la vie. Levez les yeux, voyez le soleil.

 

 

 

Llewelyn Powys, The Cradle of God, Jonathan Cape, 1929, p.306

 

 

 

(1) St. Jérôme, dans un moment de générosité inhabituelle, se réfère à Epicure comme à "un enfant d'herbes et de fruits et d'abstinences."

 

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C'est le culte de la gloire de la vie, de l'inexprimable sentiment de gloire d'avoir la chance d'exister, du hasard d'avoir été tiré de la poussière morte pour que se reflètent un moment dans le miroir de la rétine les mystères de la matière. Adorer la vie est notre religion. C'est un culte de l'instant, intact, désintéressé, passionné. A l'heure où les renards sortent de leur terrier, si l'on se tient au bord d'une haute falaise calcaire surplombant la mer, tout s'éclaire. La forme ronde de la terre se découpe sur l'infini et les herbes plumeuses ondulent librement sous les bannières en haillons des nuages sans maîtres. les vagues vieilles comme le monde se brisent sur les lits de galets, se brisent et se retirent comme elles l'ont fait sans jamais cesser depuis la nuit des temps. Tous les siècles de la géologie sont dans ce murmure, le bruit récurrent de la mer, tout ce qui a été et tout ce qui sera. D'un bout à l'autre des contours des continents, jour après jour, mois après mois, siècle après siècle, millénaire après millénaire, cet écho a résonné familièrement aux oreilles humaines. Il parle du temps qui n'est pas le temps, du temps qui est en soi une sorte d'absolu à part, comme le souffle suspendu et solitaire d'une touffe de salicornes silencieuses, illuminées par la lune sur une corniche inaperçue. Llewelyn Powys - 1934

 

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Prise de position du Pr Hubert Montagner sur la corrida [collectif des vétérinaires pour l'abolition de la corrida]

Publié le 24 Juillet 2013 par Dominique Giraudet

VetAgro Sup, l'école vétérinaire de Lyon, a organisé en décembre 2011 un colloque : L'animal peut-il être une sentinelle des maltraitances humaines ? Ce colloque traitait d’un sujet déjà avancé, notamment aux Etats-Unis, mais encore méconnu en France, à savoir les relations entre les violences faites aux animaux et les violences faites aux humains. Ainsi s’ouvre une nouvelle voie de recherche entre pratique vétérinaire et pratique médico-psychologique ou socio-éducative.

Parmi les intervenants se trouvait le Pr Montagner, que l'un de nous (Jean-Paul Richier) a eu la chance de rencontrer à cette occasion.

Le Professeur Hubert Montagner n'est pas vétérinaire, mais docteur ès Sciences, Professeur honoraire des Universités, ancien Directeur de Recherche à l’INSERM, ancien directeur de l’unité “Enfance Inadaptée” de l’INSERM. Ce scientifique respecté au curriculum consistant s'intéresse à l'enfant depuis 40 ans, ainsi qu'aux relations homme-animal, notamment enfant-animal, depuis 30 ans. Et, comme tous les hommes de conviction, il continue actuellement à s'investir dans de nombreuses activités.


Il a dernièrement pris position contre la corrida, en intégrant le comité d'honneur de la FLAC, et a pris position contre l'accès des enfants aux corridas dans un courrier qu'il a adressé aux responsables de l'Unicef (L'Unicef-France s'était tristement illustré depuis plusieurs années en participant à la Féria des Enfants de Nîmes, et en déclarant "Villes Amies des Enfants Nîmes et Arles, villes de corridas très actives dans le prosélytisme taurin envers les mineurs).


Dans l’esprit de cette convergence éthique entre la préoccupation envers les animaux et la préoccupation envers les hommes, nous reproduisons ci-dessous avec son autorisation le courrier du Pr Montagner adressé à Jacques Hintzy, Président de l'UNICEF-France, ainsi qu'à des responsables de l’UNICEF à Genève et à New York.

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BORDEAUX, le 6 janvier 2012

Monsieur Jacques HINTZY

Président de UNICEF France,

3 rue Duguay Trouin,

75282 Paris Cedex 06

Monsieur le Président,

Ayant eu l’honneur, le plaisir et le privilège de diriger pendant plus de trente ans des recherches scientifiques sur le développement de l’enfant dans ses différents lieux de vie, je reste très attentif à la reconnaissance effective de ses besoins et droits, dans le respect de ses particularités, mais aussi de la pluralité des familles et cultures ainsi que de la diversité des peuples, dans l’esprit notamment de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Je suis particulièrement sensible aux améliorations et innovations qui favorisent l’épanouissement et les différentes “constructions” des enfants, en particulier la sécurité affective, les liens d’attachement, les systèmes d’interaction et de communication, les rythmes biopsychologiques et les capacités d’adaptation, thèmes principaux des recherches développées avec mes équipes à l’Université et à l’INSERM (voir les éléments de mon CV en pièce jointe).

Parallèlement, nous avons recherché les facteurs personnels, familiaux, sociaux et institutionnels qui peuvent déstabiliser tout au long du développement les équilibres biopsychologiques et les conduites, notamment chez les enfants dont les particularités sont considérées comme des “troubles” du développement et/ou du comportement. Etant donné l’objet de la présente lettre, il me paraît nécessaire de préciser que certaines recherches ont porté sur les interactions et relations des enfants avec ces “partenaires” que l’on nomme animaux familiers ou de compagnie (voir la bibliographie). J’ai eu ainsi l’honneur de présider la conférence internationale sur les relations entre l’Homme et les animaux qui s’est tenue à MONACO en 1989, de faire partie du “board” de colloques internationaux sur “Man-animal relationship”, et de faire partie de “l’editorial board” du périodique américain “Anthrozoos”, spécialisé dans la publication des études sur la relation “Homme- animal”.

En lien avec mes activités scientifique, je me sens évidemment et “naturellement” concerné par les principes, réflexions, propositions, décisions et actions de l’UNICEF dont la mission officielle est “de défendre les droits des enfants, d'aider à répondre à leurs besoins essentiels et de leur donner davantage d'opportunités de s’épanouir pleinement”, dans le cadre des dispositions et principes de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant. Les quatre principes fondamentaux de cette Convention étant “la non-discrimination, la priorité donnée à l'intérêt supérieur de l'enfant, le droit de vivre, de survivre et de se développer, et le respect des opinions de l'enfant”, je ne peux qu’adhérer aux droits fondamentaux de tous les enfants du monde, définis à partir de ces principes, c’est-à-dire :

** “le droit à la survie”;

** “le droit de se développer dans toute la mesure du possible”;

** “le droit d'être protégé contre les influences nocives, les mauvais traitements et l'exploitation”;

** “le droit de participer à part entière à la vie familiale, culturelle et sociale”.

J’observe que, très logiquement et avec force, le nouveau Directeur de l’UNICEF, Monsieur Anthony LAKE a souligné dans son discours du 11 octobre 2011 au cours de la table ronde sur la violence à l’encontre des enfants que “Protéger les enfants de la violence, de l'exploitation et des abus est un impératif moral. Un impératif urgent car, dans le monde, des millions d'enfants sont les victimes d'inexcusables actes de cruauté”. Parmi les violences subies par les enfants, il évoque notamment “la violence psychologique”. Dans son discours, Monsieur Anthony LAKE précise que, indépendamment de l'endroit”... “le résultat final” (de ces violences) “peut être le même” : un enfant paralysé par la peur, ou même diminué par le manque d'assurance”... La conclusion est claire : “Prévenir la violence contre les enfants est essentielle, non seulement pour leur propre bien-être, mais pour la santé et le progrès de notre communauté mondiale”.

S’agissant de la France, et aussi, bien évidemment, de l’Espagne et de l’Amérique latine, l’une des violences subies par les enfants est sans aucun doute le « spectacle » de la corrida, “forme de course de taureaux consistant en un combat à l'issue duquel le taureau est mis à mort”... même quand l’enfant paraît fasciné (voir plus loin). On ne peut que souscrire aux effets négatifs qui ont été énumérés par le collectif de 90 psychiatres et psychologues créé autour de J.P. RICHIER et J. LEQUESNE, et recensés par Dimitri MIEUSSENS dans VegMag/Regard Animal de mai-juin 2011 et juillet-août 2011 l :

** effets traumatiques ;

** accoutumance à la violence ;

** fragilisation du sens moral ;

** perturbations des valeurs.

J’ajoute que le “spectacle” de la corrida avec les banderilles plantées par le torero et les picadors dans le corps de l’animal, le sang qui coule, les tentatives “désespérées” du taureau pour échapper à des tortures et souffrances qu’il ne peut fuir, et la mise à mort sanglante du taureau, a une forte probabilité de nourrir et renforcer l’insécurité affective des enfants, surtout les plus fragiles et vulnérables. En particulier, quand ils sont émotifs, anxieux et angoissés, et aussi quand ils ont noué des interactions accordées (ajustements et partages des comportements, des émotions des affects et des rythmes d’action) avec un animal qu’ils considèrent comme un ami et un confident. Ils ont en effet le sentiment de ne pas être abandonnés, oubliés, délaissés, en danger... grâce à ce compagnon qui fait partie de leur univers émotionnel et affectif comme s’ils étaient humains. Ils peuvent tout lui dire sans se sentir jugés et trahis, notamment lorsqu’ils sont en souffrance dans leur famille, à l’école ou ailleurs.

“Parallèlement”, j’ai souvent constaté la détresse des enfants devant un chien, un chat, un lapin... blessés ou tués par un véhicule, ou encore par un chasseur, un voisin irascible, un parent... Il m’est arrivé aussi de voir en milieu rural des enfants en larmes, prostrés ou agités, parfois inconsolables, devant la souffrance d’un mouton, d’une vache, d’un cheval, d’un chevreuil... blessés et ensanglantés. Le mal-être et le chagrin des uns et des autres se retrouvent dans leurs discours, leurs dessins et leurs écrits... également “ensanglantés”, à la maison et à l’école. Ils génèrent souvent des peurs, blocages affectifs et/ou inhibitions plus ou moins invalidants, ainsi que des “troubles” du sommeil et du rythme veille-sommeil (difficultés d’endormissement, insomnies, réveils “accompagnés” de cauchemars et, chez les plus jeunes, de terreurs). On peut faire l’hypothèse forte que le “spectacle” sanglant et morbide de la corrida entraîne des perturbations comparables, même si on ne dispose pas de données scientifiquement fondées. C’est en tout cas ce que disent des parents qui ont assisté occasionnellement à une corrida avec leur(s) enfant(s), qui ont visionné ensemble un film mettant en scène une corrida, ou encore dans le cadre d’une narration ou d’une lecture.

En outre, connaît-on vraiment les motivations réelles des enfants qui émettent le souhait d’assister à une corrida, en particulier ceux que leurs parents inscrivent dans une école tauromachique ? S’agit-il d’un engouement réel pour la tauromachie, d’une fascination pour le toréro, d’une posture pour épater les copains-copînes, d’un engagement pour faire plaisir à un ou des parents... ?

Enfin, pour répondre aux Français qui mettent en avant les traditions et la culture, la corrida n’est pas ancrée dans l’histoire et la culture de la France. Elle a été codifiée et pratiquée en Espagne dans sa forme actuelle depuis le XVIIIème siècle, avec à cette époque une mise à mort effectuée par le matador à pied et armé de sa seule épée.... et non pas en France. “Elle est d'autant plus espagnole qu'elle est l'œuvre lente d'un peuple et de ses gouvernants” (voir les encyclopédies), même si, au cours de l’antiquité, les « jeux taurins » et le culte du taureau ont eu une grande importance dans tous les pays du bassin méditerranéen. L’allégation selon laquelle la tauromachie est d’origine romaine est fréquemment réfutée par les historiens. Faut-il rappeler que les 3/4 des Français sont défavorables aux corridas et que 2/3 souhaitent leur interdiction pure et simple, y compris dans les régions concernées.

Il est donc consternant, incompréhensible, indigne et honteux que, sous la pression de la Fédération des Sociétés Taurines de France (FSTF), et avec la complicité du Ministre de la culture, la France soit le premier pays qui ait inscrit, comme l'ont annoncé les partisans de la corrida le 22 avril 2011, la tauromachie dans le Patrimoine immatériel français. Selon la FSTF “c'est un premier pas vers l'inscription au patrimoine de l'UNESCO, l'Espagne et les autres pays taurins ne vont pas manquer de suivre l'exemple de la France”. “En attendant” que la France annule cette inscription infamante de la tauromachie dans son Patrimoine immatériel, je n’ose penser que l’UNESCO, et donc aussi l’UNICEF, puissent se prêter à un tel déni d’humanisme.

Pourtant, je suis troublé que l’UNICEF France ait accordé le label “villes amies des enfants” à NIMES et ARLES. En effet, ces deux villes ont créé des écoles de tauromachie espagnole, donc de “spectacles” avec mise à mort de taureaux dans les arènes (centre de tauromachie et centre français de tauromachie de NIMES ; école taurine d’ARLES). Dès l’âge de dix ans, on y fait courir aux enfants de gros risques en les mettant en présence de veaux et vachettes plus lourds et souvent plus grands (on peut se demander pourquoi nous ne disposons pas de statistiques sur les accidents et blessures des enfants heurtés, renversés ou piétinés... ce qui doit logiquement arriver). On leur apprend à manier le poignard, une arme sacrificielle... Ils baignent forcément dans l’illusion narcissique de “l’habit de lumières” du matador et du statut de star qui en découle. Mais, que deviennent les jeunes après la perte de ce statut éphémère, et après les blessures plus ou moins graves et invalidantes dont ils ont été les victimes au “combat” ?

En tenant un stand à la féria des enfants de NIMES qui précède la corrida de Pentecôte, l’UNICEF France cautionne implicitement la “corrida espagnole” qui prolonge cette manifestation, c’est-à-dire la mise à mort de taureaux dans les arènes.

Objectivement, on n’est plus dans “la priorité donnée à l'intérêt supérieur de l'enfant”, l’un des quatre principes fondamentaux de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant du 20 novembre 1989. Objectivement, on bafoue “le droit de l’enfant d'être protégé contre les influences nocives”. Objectivement, on ne tient pas compte de l’adresse exemplaire de Monsieur Anthony LAKE “Prévenir la violence contre les enfants est essentielle, non seulement pour leur propre bien-être, mais pour la santé et le progrès de notre communauté mondiale”.

Non inféodé à un pouvoir politique ou autre, mais fidèle à mes engagements pour améliorer le bien-être, l’épanouissement, les équilibres biopsychologiques, les ressources morales et humaines, le devenir et l’avenir des enfants dans leurs différents lieux de vie, à tous les âges et dans toutes les cultures, je vous demande, Monsieur le Président, de mettre fin à la présence de UNICEF France à la féria des enfants de NIMES, et de reconsidérer l’attribution du label “villes amies des enfants” aux agglomérations qui soutiennent les écoles tauromachiques, incompatibles avec les principes éducatifs et humanistes de l’ONU, de l’UNESCO, de l‘UNICEF, du Conseil de l’Europe... et de bien d’autres organisations.

En vous remerciant, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute considération et l’expression de mes sentiments respectueux.

Hubert MONTAGNER, docteur ès Sciences

Professeur des Universités en retraite

ancien Directeur de Recherche à l’INSERM

ancien directeur de l’unité “Enfance Inadaptée” de l’INSERM

http://www.veterinaires-anticorrida.fr/article-prise-de-position-du-pr-hubert-montagner-97293221.html

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HENRI MONTAIGU SUR LE CHEMIN DES CRETES -Par OLIVIER GISSEY

Publié le 8 Juillet 2013 par DominiqueGiraudet dans penser

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Henry Montaigu sur le chemin des crêtes

par Olivier Gissey

Henry Montaigu (1936-1992) aura traversé un demi-siècle en navigateur solitaire même si quelques Amis lui prêtèrent escorte. L'auteur du Cavalier bleu était une des dernières grandes figures qui incarnaient l'idée royale en France, sur les traces de Joseph de Maistre et de Georges Bernanos. La royauté est une solitude.


Henry Montaigu (1936-1992).


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Henry Montaigu : Un noble voyageur

par Stanislas Balbec*

Henry Montaigu, mort il y a quinze ans, ne fut connu de son vivant que d’un cercle assez restreint. Écrivain de songes, brumes de Garonne, «Gascon. C’est-à-dire à la fois raide et souple, humoriste et grave, rebelle et conformiste» (1), il n’a guère laissé de biographie, pas de légende personnelle… Il demeure aujourd’hui encore quasiment inconnu du public, des critiques et des libraires : il n’est cité nulle part, ses livres sont introuvables, et, pour d’obscures raisons, non réédités. Oublié, il devrait normalement s’effacer de la mémoire des hommes. Et pourtant ! Enfoui au plus profond de la terre, promis à la dissolution et à l’effacement, passé de l’autre côté du miroir, c’est ainsi qu’Henry Montaigu semble accomplir son œuvre de sapience (2)…


"Mon pays défiguré ne me serait plus de rien si je n’étais pas contraint de l’aimer par la connaissance que j’ai du mystère de sa vocation". (La Sagesse du Roi dormant).


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Le Cavalier bleu : poétique d’Henry Montaigu

par Rémi Soulié*

En littérature, seule importe la grâce — et Dieu sait qu’Henry Montaigu l’avait : on est écrivain ou pas, comme on est sauvé ou non. Le Cavalier bleu intègre toutes les formes d’écriture, tant il est vrai que «la littérature dévore, englobe tout, Lao-Tseu et le Psalmiste, Thérèse d’Avila et Céline, Napoléon lui-même et Eugène Labiche, Michel Zévaco probablement, et Le Roman de la Rose, et Guénon — Ah ! quoi qu’on fasse — et M. le Duc de Saint-Simon, et l’ange Heurtebise, et Omar Khayyam, et Georges Bernanos…» (Le Cavalier Bleu, p. 256). Et Henry Montaigu, donc. Au temps de l’ «éloignement des fables» (p. 266) et du prosaïsme nihiliste, l’auteur du Cavalier bleu ose placer son roman sous la protection tutélaire des fées…


Le “voyage” du Cavalier bleu, Jean Amadieu Phébus d’Auberhodes, s’apparente à la quête d’un chevalier errant, topos du roman médiéval, et à l'itinéraire mystique d’une âme que, formellement, ni saint Jean de la Croix, ni sainte Thérèse d'Avila n’auraient désavoué."


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Henry Montaigu : «Guénon nous appelle à un retour conscient à l’ordre permanent des choses…»


1986. Après un numéro de La Place Royale consacré à René Guénon, à l’occasion du centenaire de sa naissance, Henry Montaigu publie René Guénon ou la Mise en demeure. On trouvera ci-dessous les principaux extraits d'un entretien inédit, qui montre bien la force et la tonalité si particulière de la “voix” d’Henry Montaigu : une exigence et un goût absolu de la «vérité qui libère», venus de plus loin et de plus haut...


Henry Montaigu : "Pendant que les derniers philosophes et les derniers théologiens continuent de jouer aux dés la robe sans couture, au beau milieu de la Tragédie, il m’apparaît de plus en plus que c’est à une réflexion sur les Temps que nous sommes conviés".


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BOUDDHANAR la Liberté inconcevable: Illusion des aides extérieures, du salut et des voies

Publié le 5 Juillet 2013 par Dominique Giraudet

Lien :http://bouddhanar.blogspot.fr/2013/07/illusion-des-aides-exterieures-du-salut.html?spref=fb

« il n'y a aucune voie vers la délivrance, puisque nous n'avons jamais été asservis... il n'y a à aller nulle part, il n'y a rien à faire. L'homme n'a rien à « faire » directement pour éprouver sa liberté totale et infiniment heureuse.

Ce qu'il a à faire est indirect et négatif. Ce qu'il a à comprendre c'est l'illusion décevante de toutes les voies qu'il peut se proposer. Lorsqu'il aura dévalorisé la notion même de toutes les voies imaginables, alors éclatera le « satori», vision réelle qu'il n'y a pas de voie, parce qu'il n'y a à aller nulle part, parce que de toute éternité on était au centre unique et principiel de tout. » (Dr. H. Benoit, La Doctrine Suprême.)


Dès l'instant où la personnalité de ce que l'on désigne imparfaitement comme le « fondateur » d'une religion devient plus importante que l'enseignement de celui-ci toutes les déviations sont possibles.

La déification progressive du maître lui conférera peu à peu le caractère d'unique sauveur. Aux yeux de ses fidèles plus aucun salut n'est possible en dehors de la seule voie qu'il représente.

La position des maîtres du Ch'an et du Zen est très différente des notions de « salut », familières au Christianisme.

Nous reproduisons ci-après ce qu'écrit le professeur D. T. Suzuki à ce sujet :

« Pour comprendre pleinement les éléments constituants de toute religion existant et possédant une longue histoire, il est opportun de discriminer entre son fondateur et son enseignement, car cette personnalité constitue un facteur extrêmement puissant qui détermine le développement de cet enseignement.

Je veux dire par là que celui qu'on nomme fondateur n'avait au début de son enseignement pas la moindre idée de créer un système religieux quelconque qui croîtrait plus tard en son nom.

L'édifice chrétien est bâti autour de la personnalité de Jésus. Les bouddhistes peuvent en accepter certains enseignements, mais tant qu'ils n'éprouvent aucune foi en Jésus comme « Christ » ou « Seigneur », ils ne sont pas chrétiens.

En d'autres termes, le Christ n'a pas fondé le système religieux qui porte son nom, mais ceux qui le suivirent firent de lui le fondateur de ce système.

De même, le Bouddhisme n'est pas sorti tout armé du cerveau du Bouddha comme Pallas Athénée du cerveau de Zeus.

Dans la mesure où le Bouddhisme est une religion vivante et non pas une momie historique bourrée de matériaux morts et dénués d'utilité, il doit être capable d'absorber et d'assimiler tout ce qui vient en aide à sa croissance. C'est ce qu'il y a de plus naturel pour n'importe quel organisme doué de vie. »

Dans la mesure où le Bouddhisme s'est éloigné de l'esprit vivant de Liberté et d'indépendance dont le Bouddha l'avait imprégné, il se rapproche des aspects actuels du Christianisme. Nous voyons en effet fréquemment dans les textes des expressions telle que : « prendre refuge dans le Dharma ». Le Ch'an et le Zen restent cependant totalement étrangers à ces notions. Il n'y a pour eux ni miracle ni interventions surnaturelles, ni voies ni refuges. Nous portons la totale responsabilité de nos actes et aucun Eveillé quel qu'il soit n'a le droit de porter atteinte à notre libre arbitre.

Nous sommes nous-mêmes à la fois les artisans de notre esclavage et de notre libération. Les chaînes de notre asservissement ont été forgées par nous-mêmes, il appartient à nous seul de les briser.

Le rôle des Eveillés consiste à nous montrer les obstacles qui s'opposent à cette libération. Cette dernière ne peut être cependant réalisée que dans le feu vivant de nos expériences, de nos joies et de nos souffrances.

Seules, l'ignorance, la paresse et la lâcheté peuvent nous inciter à rechercher des aides extérieures. Aucune sagesse authentique ne pourrait prendre la responsabilité d'engager l'homme dans une attitude d'évasion aussi nuisible à son épanouissement. Nous n'avons pas non plus de biens à acquérir, nous enseignent les maîtres du Ch'an/Zen. Nous n'avons ni à recevoir quoi que ce soit de l'extérieur, ni à construire, ni à « faire » au sens habituel de ce terme. Nous avons plutôt à « défaire » les accumulations complexes de nos fausses valeurs.

Tout est là. Nous sommes le Réel mais nous ne le savons pas, nous répète sans cesse le Ch'an/Zen. Depuis les profondeurs de l'esprit jusqu'aux structures matérielles de notre vie physiologique, rien ne nous manque. Il suffit simplement d'établir une coordination, une harmonie fonctionnelle entre les différents secteurs qui nous constituent. Le manque d'harmonie existant entre les différents niveaux de notre être, et le sens même d'une compartimentation en secteurs variés que notre esprit se plaît à créer, proviennent d'une erreur essentielle d'optique mentale. Dès que celle-ci se trouve corrigée par une et attention juste) les mirages engendrés par elle s'évanouissent.

Une seule chose nous paraît dès lors fondamentalement nécessaire : nous connaître. C'est en cela seul que réside ce que nous pourrions très imparfaitement désigner « notre salut ».

Il est inutile de rechercher quoi que ce soit en dehors de nous-mêmes car toute recherche extérieure s'effectue dans une direction radicalement opposée à celle que doit naturellement prendre notre esprit. Nous pourrions comparer le processus de développement de notre vie intérieure à celui de la croissance d'une plante devant diriger ses racines dans le sol fécond que la nature lui destine. Les profondeurs de l'inconscient et du conscient constituent pour nous ce sol fécond dans lequel doivent s'engager les racines de notre être pour dépasser cet inconscient et prendre contact avec la Réalité vivifiante de l'Intemporel. Il s'agit là d'un processus rigoureusement individuel. Toute attente du dehors, tout culte d'autorité, tout espoir en un miracle sont autant d'éléments qui paralysent le mouvement de plongée de nos racines psychiques vers le centre profond d'où émane la Vie en nous.

Si nous parvenons à la vision parfaitement claire de ce que nous sommes il ne nous est plus nécessaire « d'aller ailleurs ». Les « voies » extérieures sont à nos yeux des voies de perdition.

Ce sont elles que choisissent cependant la majorité des hommes actuels. Elles sont plus confortables et ne demandent aucun effort. Comme l'exprimait admirablement l'écrivain Ludovic Réhault, nous souhaiterions volontiers qu'on nous « conduise au Nirvâna en chaise à porteur ».

Mais la Vérité se joue de nos faiblesses, de nos mesquineries, de nos fausses valeurs. Il nous importe de nous mettre à sa mesure et non d'exiger qu'elle se mette au niveau de nos limitations.

C'est à cette seule condition que nous pouvons réaliser la plénitude de ce que de toute éternité nous étions et nous sommes. Dès cet instant, il n'existe ni sauveur, ni voie, ni salut extérieurs.

Nous disons simplement comme le diront un jour et comme l'ont dit tous les hommes, toutes les femmes de tous les peuples de la Terre, au moment de leur Eveil : « Je suis la Voie ».

Les chrétiens prétendent qu'une telle affirmation constitue une preuve d'orgueil. L'orgueil résulte d'un sens excessif de la conscience de soi. Prétendre que l'affirmation « Je suis la Voie » est orgueilleuse c'est méconnaître qu'elle ne peut être valablement formulée que par un être totalement « mort » à lui-même et délivré de tous les pièges de l'identification personnelle.

Robert Linssen
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Un autre texte que je met en parallèle et qui finalement exprime la même réflexion :

“L'advaita parle de Vous, de qui vous êtes ou de ce que vous êtes. L'intérêt principal de l'advaita est qu'il ne nécessite aucune formation religieuse. Vous n'avez pas besoin de croire en quoi que ce soit. Des gens de tous les horizons viennent à l’advaita et ils sont les bienvenus. Quiconque a dans le cœur l’aspiration de se connaître soi-même ou d’être délivré de la souffrance, peut réaliser la Vérité vers laquelle conduit cette philosophie ancienne et pratique.

La voie de l’advaita est directe dans la mesure où, dès le tout premier instant, elle désigne immédiatement la Vérité. Tout d’abord, elle insiste sur le fait que vous êtes complets tels que vous êtes ; puis elle vous sort de la souffrance.

Il n'y a pas de chemin. Voilà l'ultime vérité. Alors que cette compréhension s’approfondit, un grand soulagement se produit. Ici, nul ne vous dit que vous êtes dignes de faire ce voyage, que vous devez méditer quotidiennement, que vous devez être engagés ou forts. Ce genre de conseils a pour seul effet de vous mettre devant une tâche à accomplir avant même que vous ayez commencé votre recherche. La principale différence entre l’advaita et beaucoup d’autres voies – qui présument au départ que vous êtes votre mental, que vous êtes limités et que vous devez faire quelque chose pour être libre – est l’absence de toute pratique spirituelle. L’advaita vous montre dès le début que Ce que vous êtes vraiment a toujours été libre. Vous êtes directement orientés vers la réalité de l'Être à jamais parfait et immuable - votre soi profond. D’abord, découvrez la Vérité, puis suivez ce que vous dit votre cœur.

(...) l'advaita fait remarquer que la liberté n'est pas une chose que vous pouvez gagner. La liberté est ce que vous êtes."

LE SOUFFLE DE L'ABSOLU » / Éditions ALMORA, page 21, L’ADVAITA - VOIE SANS CHEMIN

Merci à Eric

LIEN :Mooji : Il n'y a pas de chemin - Eveil et philosophie, blog de José Le Roy :http://eveilphilosophie.canalblog.com/archives/2013/07/04/27570101.html#utm_medium=

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Un livre :Marguerite Porète L’inspiration de Maître Eckhart de Jean Bédard

Lien :http://languesdefeu.org/des-livres-et-nous/les-femmes-du-libre-esprit/

Texte de la page :Je viens de terminer le roman historique Marguerite Porète L’inspiration de Maître Eckhart de Jean Bédard : un livre envoûtant, d’une poésie rare, un éloge à la liberté que vécurent les béguines, ces femmes cultivant l’autonomie économique et intellectuelle, féministes avant leur temps (XIIIe siècle), dont le discours axé sur l’Amour gratuit et l’égalité des relations est très contemporain. Marguerite mourra sur le bûcher, mais son message vibrant de liberté pourrait nous guider encore aujourd’hui…

Extrait de la quatrième de couverture : « Après avoir livré un éprouvant témoignage dans un procès en hérésie, Guion, secrétaire de l’Inquisition, est rongé par le doute. Lorsqu’il fait la rencontre de Marguerite Porète, mystique chrétienne dont le Libre-Esprit lui vaut d’être pourchassée par les autorités, il est séduit et prend fuite avec elle. Durant leur cavale sur les routes de France, il découvre et fait sienne la philosophie des béguines, ces insoumises qui font trembler les rois autant que le pape. »

Voici un des reproches faits aux béguines qui leur valut leur condamnation par l’Inquisition : « On ne peut accéder au divin sans passer par l’intermédiaire d’un ecclésiastique. »!!

BOUDDHANAR la Liberté inconcevable: Illusion des aides extérieures, du salut et des voies
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Un 17 février : Giordano Bruno - Penser libre.[le site des amis d'André Arru]

Publié le 2 Juillet 2013 par Dominique Giraudet

Un 17 février : Giordano Bruno - Penser libre.[le site des amis d'André Arru]

LIEN :http://penselibre.org/spip.php?article537

A ce jour, Giordano Bruno reste victime d’une injustice majeure : il mérite sa place au panthéon de la science, aux côtés de Copernic et de Galilée. Tous les écoliers ont entendu prononcer ces deux noms, mais celui de Giordano Bruno, découvreur de l’infinité de l’univers, leur reste inconnu.

Que l’Église lui fasse encore payer son engagement courageux, qui est allé jusqu’à la mort sur le bûcher, on peut le penser : il ne saurait être question pour lui de réhabilitation, il en va de l’infaillibilité papale. Mais alors, le monde laïc lui reprocherait-il d’avoir été dominicain et docteur en théologie ? Ce serait un tort ; car c’est dans son monastère, doté d’une immense bibliothèque, qu’il a commencé d’acquérir cette érudition que des rois ont admirée. Il s’y est d’ailleurs fait remarquer par son indépendance d’esprit, en contestant le culte des saints et le dogme de la Trinité. On ne sait s’il en a été chassé ou s’il en est parti volontairement. Mais dès lors, il a quitté l’état ecclésiastique pour se consacrer à la science, à la philosophie et à la poésie. En seize ans, il a composé une quarantaine d’ouvrages, dont la plupart ont été brûlés en place publique et mis à l’index.

Si Giordano Bruno nous parle aujourd’hui, ce n’est pas seulement en tant que scientifique, si brillant soit-il : trois siècles avant Einstein, on peut voir dans ses travaux une approche de la théorie de la relativité. Mais surtout, il force le respect par le courage de ses convictions et de son engagement.

L’Inquisition l’a emprisonné et condamné, non seulement pour ses découvertes et son enseignement, mais en tant qu’apostat et blasphémateur. Ce délit de blasphème, qui était un crime à son époque et que certains rêvent de rétablir, lui a coûté la vie. Il est vrai que l’Église a « chargé » son dossier en l’étoffant de témoignages extorqués à ses compagnons de captivité. Mais il est certain qu’il est allé jusqu’à remettre en cause la personne même du Christ, en le présentant comme un mage et un faiseur de faux miracles. En revanche, il n’était pas proprement athée, mais panthéiste, ce qui était tout aussi grave pour l’Église.

Comme on sait, il a été brûlé vif le 17 février 1600, sur le Campo dei Fiori, à Rome. Il avait cinquante-deux ans et il avait passé huit ans dans les geôles de l’Inquisition. Jusqu’au bout, il a refusé de se repentir de quoi que ce soit, s’estimant sans reproche. Pour comble de cruauté, il est mort la langue entravée par un mors de bois : même à ce moment, sa parole faisait peur. Il l’avait dit lui-même à ses juges :

« Vous portez contre moi une sentence avec peut-être plus de crainte que moi qui la reçois. »

Comme on lui présentait un crucifix, il en a détourné les yeux et les a levés vers le ciel.

Giordano Bruno a été très célèbre de son temps. Il a inspiré Shakespeare et peut-être Marlowe pour son Faust. Plus près de nous, Brecht lui a consacré une nouvelle, Le Manteau de l’Hérétique. Espérons, alors qu’on double tant de films ineptes ou violents, qu’on nous donne un jour la version française du beau film de Giuliano Montaldo.

Sophie

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