Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Dgiraudet-penser.over-blog.com

Blog de réflexion , pensée, poésie, philosophie

Le retour d'Eugen Drewermann ( Article du journal La Libre.be )

Publié le 20 Mai 2015 par Dominique Giraudet

Le retour d'Eugen Drewermann ( Article du journal  La Libre.be )

Livres :

À contre-courant

___________________________________________________________________________

Eugen Drewermann,

La Renaissance du Livre, 114 pp.,595 F (14,75 ).

En 1993, le public francophone avait été secoué par un ouvrage fracassant du théologien catholique allemand Eugen Drewermann, qui venait de signer «Les Fonctionnaires de Dieu» (Albin Michel). En passant au crible de la psychanalyse la vocation et la condition cléricales, l'auteur s'était attaqué au tabou le plus sensible de l'Église catholique. Il s'ensuivit, ces années-là, d'âpres démêlés avec sa hiérarchie, et partant une incroyable notoriété.

Aujourd'hui interdit de prêtrise et d'enseignement, le théologien et psychanalyste poursuit sans relâche son travail de recherche. Il remonte «à contre-courant», cramponné à l'allégorie des saumons, lesquels, en quête de fertilité, retournent au lieu de leurs origines propres, à des centaines de kilomètres en amont.

Eugen Drewermann juge que, face aux transformations vertigineuses de notre temps, le concile Vatican II n'a pas fait le poids. Poussant le cri du coeur «guerre à la guerre», il oppose à l'Église catholique l'«objection de l'humanité». Notant d'abord que le Vatican n'a toujours pas réussi à expier sa culpabilité quant à son attitude sous le IIIe Reich, celui qui est également un disciple du mahatma Gandhi reproche à Rome aussi sa positive allégeance à la stratégie dite de l'«équilibre de la terreur».

«Mais , se demande-t-il , que peut-il advenir d'un théologien qui, deux mille ans après la naissance du Christ, prouve noir sur blanc à son Église qu'elle refuse le dialogue à cause de sa prétention à détenir l'exclusivité de la vérité divine, qu'elle s'avère incapable de paix à cause de son dogmatisme?»

L'EXISTENCE, LIEU DE VÉRITÉ

«Sire, donnez-nous la liberté de pensée»

Prie ensuite Eugen Drewermann, faisant valoir là l'«objection de la vérité». Explorant les textes anciens qui remontent aux Sumériens ou aux Akkadiens, il en émerge convaincu que «l'un des récits bibliques les plus connus, les plus grandioses et parmi les plus importants pour l'Église le déluge n'était en fait que l'adaptation libre d'un mythe mésopotamien antérieur d'environ 1500 ans! La Bible n'était pas la parole de Dieu, mais plutôt l'écho d'anciennes légendes de dieux païens!»

Drewermann s'en prend alors au dogme de la divinité du Christ. «Comment Jésus aurait-il pu accepter qu'on le vénère en tant que fils de Dieu ou deuxième personne de la Trinité? Albert Schweitzer démontre que c'est précisément Jésus, fils de l'homme, qui fait du Nazaréen un modèle. () Il m'apparaissait de plus en plus indifférent de savoir si Jésus était le «fils de Dieu» d'un point de vue dogmatique: de sa part, j' avais foi en Dieu. C'était cela qui m'importait! () Il représentait pour moi un lieu de compréhension, de bonté, de grâce.»

Se rattachant au courant existentialiste du philosophe danois Sören Kierkegaard, Eugen Drewermann pose avec lui que «ce n'est pas la tradition mais l'existence qui est le lieu de la vérité». Il comprend mal que l'Église justifie la guerre nucléaire et légitime la peine de mort; de même qu'elle condamne comme «péchés graves» l'adultère ou l'homosexualité, et frappe d'interdiction toute forme de contraception artificielle.

UN CHEMIN DE LUMIÈRE

Le regard d'Eugen Drewermann sur l'Église passe immanquablement par une lecture psychanalytique. «Il n'y avait guère d'autre moyen que de tout reprendre à zéro pour se pencher sur la psychanalyse. Elle devint pour moi une aventure exceptionnelle, elle constitue jusqu'à ce jour la toile de fond de mes discussions avec l'Église catholique.»

Et l'on peut avoir l'impression, en le lisant, de retrouver un chemin de lumière aux côtés d'un homme qui doute et qui conteste, qui préfère l'obscurité crue des campagnes solitaires aux lumières blafardes de la ville et à leurs vérités toutes faites. «J'ai attendu plus de la moitié de ma vie en espérant que cette Église s'humaniserait dans le sens de Jésus. Je ne peux plus attendre.»

© La Libre Belgique 2001

http://www.lalibre.be/culture/livres/le-retour-d-eugen-drewermann-51b871a0e4b0de6db9a5a038#dc027

Commenter cet article