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Blog de réflexion , pensée, poésie, philosophie

Joseph Delteil, Oeuvres complètes

Publié le 27 Avril 2014 par Robin Guilloux

Cet article est reposté depuis Le blog de Robin Guilloux.

 

"A ma maman, à la Vierge Marie et au général Bonaparte."

"Mes orgies sont assez burlesques, voire sarcastiques - l'humour, voilà l'antidote. Il y a une vertu magique dans le "gos mots" ; il purge. Et que s'il ne s'agit que de poltronnerie, une note en bas de page fera l'affaire : "interdit aux pusillanimes !" Là-dessus, salut à "l'honnête homme", et merde au lâche, à l'hypocrite, au jeanfoutre et au sot !"

"Oui, j'ai confiance qu'il y aura toujours de par le monde une certaine famille d'esprits - rares et baroques - pour se plaire à ma chanson. C'est à ceux-là que j'offre ce livre."

 

 

"Joseph Delteil est sévère envers sa production littéraire. De toute son œuvre, il ne retient que six livres, qu'il réunit sous l'appellation contrôlée d'œuvres complètes. Mais quel livre... En édition ne varietur voici Delteil, tout Delteil, rien que Delteil. Autrement dit : toute la vérité sur un homme dont l'apparition dans les lettres françaises fut saluée comme un événement exceptionnel, aussi bien par les surréalistes que par les conservateurs.

Delteil est né dans l'Aude en 1894. Il n'a pas trente ans quand son premier roman Sur le fleuve Amour le met bruyamment en vedette, en révélant un tempérament lyrique et une fougue verbale extraordinaires. On se disputa beaucoup pour savoir ce qui l'emportait chez lui de la naïveté ou de la provocation, de la tendresse ou de la crudité (on parla même d'obscénité). La vérité est que Delteil se trouvait naturellement porté à donner à la réalité une dimension mythique. Il allait composer une suite d'œuvres épiques, dont les plus fameuses furent Choléra et cette Jeanne d'Arc qui obtint le Prix Femina en 1925 et transforma l'auteur en vedette de la vie littéraire parisienne.

Il ne se sentait pas très à l'aise dans ce beau monde et, en pleine gloire, il se retira dans les garrigues de Monpellier pour " rejoindre la nature ", et, selon ses propres termes, " redevenir le premier homme ".

Retournant à la vie naturelle dans son pays d'enfance, Delteil ne renonça pas à la littérature. Le Saint don Juan date de 1930, Jésus Deux de 1947 et François d'Assise de 1960 : autant de légendes merveilleuses, bousculant les connaissances historiques pour imposer une sensibilité personnelle éblouissante : Delteil ne peint pas tellement ses illustres modèles qu'il ne se peint lui-même, comme tout grand artiste. Comment ne serait-on pas enchanté par cette faconde méridionale et par cette " santé paysanne " qui se trouve être aujourd'hui une protestation du bon sens et des instincts contre les folies de la civilisation mécanicienne ?

Autrement dit, Delteil est un homme qui provoque immédiatement la sympathie, nous apporte la joie et des promesses de bonheur. Un critique a pu dire que l'œuvre de Delteil a la force sereine des pèlerins de charité. "

 

 

"Ce qui me saute aux yeux dans tous ces bouquins, c'est leur extrême liberté, la grossièreté verbale, la fantaisie sexuelle... bref ce qu'on a appelé ma sensualité. Le fait est que l'un de mes premiers livres s'appelle Les cinq sens. Et qu'un autre porte l'épigraphe : "je suis sens, et rien de ce qui est sensation ne m'est étranger." Eh quoi ! Les sens, cela signifie à mes yeux les cinq sens, la totalité sensible de l'homme. C'est donc avant tout une question d'honnêteté. Peindre la nature telle qu'elle est, l'homme tel qu'il est : n'est-ce pas l'idéal ! Pas question de banale photographie bien sûr - réalisme si l'on veut mais réalisme fantastique - ni d'ailleurs d'obscénité.

Certes j'ai toujours parlé la langue adulte, entre hommes. Mais je repousse du pied toute pornographie (qui est vile entreprise mercantile), et je méprise le vice (qui est jeu de mort). Reste le mystère de l'amour, la lyrique, l'épique chair... En ai-je fait abus et parade ? Aurais-je exagéré ? Jusqu'à la gauloiserie (mots moustachus et phrases à poil) ? Bah ! je flaire qu'en ces choses-là l'excès même est une espèce d'exorcisme. Mes orgies sont assez burlesques, voire sarcastiques - l'humour, voilà l'antidote. Il y a une vertu magique dans le "gos mots" ; il purge. Et que s'il ne s'agit que de poltronnerie, une note en bas de page fera l'affaire : "interdit aux pusillanimes !" Là-dessus, salut à "l'honnête homme", et merde au lâche, à l'hypocrite, au jeanfoutre et au sot !

C'est là que par delà la sensualité, il s'agit à mes yeux de la vérité, du principe de vérité. Je pense que la catastrophe fondamentale de l'espèce humaine, c'est l'hypocrisie - hypocrisie verbale, hypocrisie sociale. L'homme, le seul animal qui triche au jeu de la vie !... Le mensonge et la violence sont les deux colonnes du Mal. Vérité d'abord ! Hors de la vérité, pas de salut ! (...)

Voici donc l'ours, voici l'objet - modestement ? orgueilleusement ? Bah ! à l'auberge de l'art, chacun se fouillant les poches apporte son écot : un tel de plantureux chevreuils, de grasses pêches ; un autre un roitelet, une guigne - mais naturelle, nonpareille... Oui, j'ai confiance qu'il y aura toujours de par le monde une certaine famille d'esprits - rares et baroques - pour se plaire à ma chanson. C'est à ceux-là que j'offre ce livre. J'ai conscience que ceci - un million de signes, quoi ! - représente le vrai Delteil, et j'oserai dire : tout Delteil !"

 

 

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